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La Correspondance d'Héloïse et d'Abélard

 
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Lydia
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PostPosted: Sat 14 Jul - 15:17 (2018)    Post subject: La Correspondance d'Héloïse et d'Abélard Reply with quote


Image d'illustration 


Belle histoire d'amour que celle de ce couple du XIIe siècle ! Les deux jeunes gens sont de familles nobles. Pierre (1079-1142) est le petit-fils du seigneur du Pallet, près de Nantes. Héloïse (vers 1100/1101- 1164) est la nièce de Fulbert, chanoine de Notre-Dame de Paris. A l'approche de ses 18 ans, la jeune fille, qui a suivi ses études au monastère d'Argenteuil, a besoin d'un précepteur. Fulbert fait appel à Pierre Abélard, éminent professeur, dont la renommée n'est plus à faire. Une liaison amoureuse s'installe entre le maître de 40 ans et son élève (17 ans). Fulbert la découvre et le scandale éclate. Mais Héloïse est enceinte. Elle donne naissance à un fils, Pierre Astrolabe. Ce dernier est confié à la sœur d'Abélard, Denise, résidant au Pallet. Les deux amoureux se marient en secret afin que la carrière d'Abélard n'en pâtisse pas. Un clerc devait rester célibataire depuis la réforme grégorienne. Mais ce mariage ne pouvait pas rester secret puisque Fulbert, qui voulait s'en assurer, en avait été le témoin. Celui-ci le dévoile. Pour préserver Héloïse de son oncle qui s'en prenait également à elle, Pierre l'engage à rentrer au couvent d'Argenteuil. Furieux, Fulbert engage des hommes de mains qui puniront Abélard du sort réservé aux violeurs et aux adultères : l'émasculation. C'est la consternation. Les deux hommes sont arrêtés. On les émascule à leur tour et on leur crève les yeux. Fulbert est suspendu de ses fonctions pendant un court laps de temps (deux ans semble-t-il). Abélard, quant-à lui, ne peut plus être clerc. 

Héloïse prendra le voile et Abélard entrera à l'abbaye de Saint-Denis. Mais Héloïse ne renonce pas à son amour et c'est à partir de là que commence leur correspondance. Sa femme est devenue, grâce à son aide, première abbesse de l'abbaye du Paraclet, où lui même avait fondé un ermitage. Abélard se rend célèbre comme théologien mais ses travaux irritent les autorités ecclésiastiques. Réfugié au prieuré de Cluny, il y décède en 1142.

Un an plus tard, l'abbé de Cluny ramène en cachette sa dépouille à Héloïse. Elle le fait enterrer au Paraclet et donne des consignes pour être enterrée avec lui le moment venu. Ce sera chose faite. Mais même là ils ne seront pas épargnés : on déplace à plusieurs reprises leur sépulture, on les sépare par une cloison dans le même cercueil... Bref, ils n'accéderont au repos éternel qu'en 1817, lors de leur transfert au Père Lachaise.




© L.B. Cimetière du Père Lachaise. Tombeau d'Héloïse et Abélard. 



Cette correspondance date des années 1132-1133. La première lettre est écrite par Pierre. Elle s'adresse à un ami. Il lui raconte l'histoire de sa vie. S'ensuivent ensuite sept autres lettres. Trois sont d'Héloïse. On remarque de suite la différence entre les deux correspondants. Pierre est plus froid. Il répond souvent point par point et ses discussions tournent autour de la vie monastique ou de la théologie. Héloïse, quant à elle, a un style plus enflammé. On ressent toute la peine, tout le désarroi de cette dernière face à cet amour passionné et inassouvi. 





Extrait : (Traduction d'Octave Gréard)


LETTRE DEUXIÈME.

HÉLOISE À ABÉLARD.

À son maître, ou plutôt à son père ; à son époux, ou plutôt à son frère ; sa servante, ou plutôt sa fille ; son épouse, ou plutôt sa sœur ; à Abélard, Héloïse. 


La lettre que tu as adressée à un ami pour le consoler, mon bien-aimé, un hasard l’a fait venir dernièrement jusqu’à moi. Au seul caractère de la suscription reconnaissant aussitôt qu’elle était de toi, je la dévorai avec une ardeur égale à ma tendresse pour celui qui l’avait écrite : si j’avais perdu sa personne, ses paroles du moins allaient me rendre en partie son image. Hélas ! chaque ligne, pour ainsi dire, de cette lettre encore présente à ma mémoire était pleine de fiel et d’absinthe, car elle retraçait la déplorable histoire de notre conversion et de tes épreuves sans trêve, ô mon unique.
Tu as bien rempli la promesse qu’en commençant tu faisais à ton ami : ses peines, au prix des tiennes, il a pu s’en convaincre, ne sont rien ou peu de chose. Après avoir rappelé les persécutions dirigées contre toi par tes maîtres, et les plus grands outrages lâchement infligés à ton corps, tu as peint l’odieuse jalousie et l’acharnement passionné dont tes condisciples aussi, Albéric de Reims et Lotulphe de Lombardie, t'ont poursuivi. Tu n’as oublié ni ce que leurs cabales ont fait de ton glorieux ouvrage de théologie, ni ce qu’elles ont fait de toi-même, condamné à une sorte de prison. De là tu arrives aux machinations de ton abbé et de tes perfides frères, aux épouvantables calomnies de ces deux faux apôtres déchaînés contre toi par ces indignes rivaux, au scandale soulevé dans la foule à propos du nom de Paraclet donné, contre l’usage, à ton oratoire ; enfin, passant aux vexations intolérables dont ta vie aujourd’hui encore n’a pas cessé d’être l’objet, de la part de ce persécuteur impitoyable et de ces méchants moines que tu appelles tes enfants, tu as mis les derniers traits à cette pitoyable histoire.
Je doute que personne puisse lire ou entendre sans pleurer le récit de telles épreuves. Pour moi, il a renouvelé mes douleurs avec d’autant plus de violence que le détail en était plus exact et plus expressif ; que dis-je ? il les a augmentées en me montrant tes périls toujours croissants. Voilà donc tout ton troupeau réduit à trembler pour ta vie, et chaque jour nos cœurs émus, nos poitrines palpitantes attendent pour dernier coup la nouvelle de ta mort. Aussi nous t'en conjurons, au nom de celui qui, pour son service, te couvre à quelques égards de sa protection ; au nom du Christ, dont nous sommes, ainsi que de toi-même, les petites servantes, daigne nous écrire fréquemment et nous dire les orages au sein desquels tu es encore ballotté ; que nous du moins, qui te restons seules au monde, nous puissions avoir part à tes peines et à tes joies. D’ordinaire, la sympathie est un allégement à la douleur, et tout fardeau qui pèse sur plusieurs est plus léger à soutenir, plus facile à porter. Si la tempête vient à se calmer un peu, hâte-toi d’autant plus d’écrire que les nouvelles seront plus agréables à recevoir. Mais, quel que soit l’objet de tes lettres, elles ne laisseront pas de nous faire un grand bien, par cela seul qu’elles seront une preuve que tu ne nous oublies pas. [...] 

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Je ne risque rien, les ruines, c'est indestructible !
( ͡ᵔ ͜ʖ ͡ᵔ )
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